Lors de MCE 2026 à Milan, Sergei Mukminov, rédacteur en chef de Refindustry.com, s’est entretenu avec François Audo, CEO d’Enex Technologies. En quatre ans, Enex a constitué l’un des portefeuilles de solutions aux fluides frigorigènes naturels les plus étendus du secteur du CVC et du froid, couvrant le CO2, l’ammoniac, le propane et l’eau, grâce à huit acquisitions réalisées notamment en Espagne, en Italie et en France. L’entretien aborde la manière dont le groupe sélectionne le fluide frigorigène naturel adapté à chaque client, ce qui fédère sous une même mission une expérience technologique cumulée de 400 ans, et les raisons pour lesquelles Enex Technologies vise à multiplier son chiffre d’affaires actuel par deux ou trois dans les cinq prochaines années.
Enex Technologies a réuni des entreprises aux histoires très différentes, notamment Samifi, Roen Est, Emicon, Kobol et Morgana. Qu’est-ce que cette consolidation a réellement changé pour les clients ?
Ce qui est fondamental chez Enex Technologies, c’est que nous sommes la seule entreprise au monde à proposer des solutions couvrant tous les fluides frigorigènes naturels. Les clients viennent nous voir avec une problématique, qu’il s’agisse de froid, de chauffage ou de toute autre application, et nous leur présentons toutes les options. Pas seulement une option parce que c’est celle que nous fabriquons, mais n’importe laquelle d’entre elles.
C’est ce qui nous différencie. Je n’essaie pas de vous imposer le CO2, l’ammoniac ou le propane. Je les propose tous. Je m’assois donc avec vous et nous réfléchissons véritablement ensemble à la meilleure solution. C’est vraiment le cœur de notre entreprise.
Vous couvrez le CO2, l’ammoniac, le propane et l’eau. Comment le processus de sélection fonctionne-t-il concrètement pour le client ? Est-il centralisé ou l’équipe de chaque marque formule-t-elle sa propre recommandation ?
Nous avons des collaborateurs dédiés aux clients installateurs, chacun ayant sa spécialité. Ils sont épaulés par une équipe de back-office qui soutient la force de vente et peut préconiser une solution plutôt qu’une autre.
Très souvent, lorsque vous approchez un client, celui-ci a déjà une préférence. Il peut dire qu’il souhaite du CO2. Je lui réponds alors : oui, mais compte tenu de l’environnement et de l’application spécifiques, le propane pourrait en réalité être plus adapté. Cela ouvre le dialogue. Il s’agit de trouver la meilleure solution pour le client et, en définitive, pour l’utilisateur final.
Huit marques en quatre ans. Quel a été le principal défi pour conserver l’expertise et les personnes clés au sein d’un même groupe ?
Notre mission, commune à toutes ces marques, est d’orienter les secteurs du CVC et du froid vers les fluides frigorigènes naturels. C’est important à deux niveaux. Premièrement, la pression réglementaire sur les gaz synthétiques est réelle et s’accélère. Mais en Europe, nous ne parlons pas suffisamment des PFAS. C’est en réalité encore plus grave, car les PFAS provoquent des maladies. Notre mission consistait à trouver des solutions répondant à la fois au problème du potentiel de réchauffement global et à celui des PFAS. C’est ce qui nous guide.
Nous avons donc parcouru l’Europe afin de trouver les bonnes entreprises pour chaque technologie. Nous avons trouvé en Espagne des entreprises disposant d’une très grande expertise de l’ammoniac. Nous avons trouvé des entreprises possédant des compétences approfondies dans le CO2 et le propane, puis nous les avons réunies. Enex Technologies représente aujourd’hui 400 ans d’expérience technologique cumulée. Emicon, par exemple, l’entreprise à l’origine des unités au propane présentées sur notre stand, travaille avec le propane depuis 18 ans. Une telle expérience est très difficile à trouver.
Ce qui fédère l’ensemble, c’est une mission unique : résoudre les problèmes liés au GWP et aux PFAS dans le CVC et le froid. C’est notre leitmotiv.
La réglementation sur les gaz accélère l’abandon des fluides frigorigènes synthétiques. Où observez-vous le plus grand écart entre les exigences réglementaires et ce à quoi le marché est réellement préparé ?
Si l’on considère le CO2 transcritique en Europe, les grandes chaînes de supermarchés s’orientent clairement dans cette direction, et nous le constatons dans le comportement de ces grands clients.
L’adoption du propane est plus lente, mais la direction est claire. De nombreux fabricants présents ici à MCE proposent désormais du propane, car son acceptation par le marché progresse. La technologie est prête. Elle ne rencontre plus beaucoup de résistance aujourd’hui. La situation est différente pour l’ammoniac : son acceptation varie d’un pays à l’autre, car les réglementations diffèrent. Mais globalement, l’Europe avance à grands pas et très rapidement vers les fluides frigorigènes naturels.
Enex lance un nouveau produit chaque mois. Comment gérez-vous un programme de développement à un tel rythme ?
Nous investissons massivement dans l’ingénierie et la R&D. Nous disposons de centres d’excellence spécialisés : un dans le centre de l’Italie pour le propane, un près de Trévise pour le CO2 transcritique, un près de Trieste pour les échangeurs de chaleur et un à Madrid pour l’ammoniac. Chaque centre prend en charge à la fois les projets actuels des clients et le développement des technologies futures.
Nous gérons cela au moyen d’un processus clair de validation par étapes afin de nous assurer que nous affectons les ressources d’ingénierie appropriées à chaque cycle de développement. Ici, à MCE, nous lançons un grand aéroréfrigérant sec en V, spécifiquement conçu pour constituer l’élément central des équipements d’infrastructure des centres de données. Nous proposons également une nouvelle pompe à chaleur au propane qui peut être couplée à nos unités existantes, car nous avons conçu un système modulaire. Les clients peuvent ajouter de la puissance sans remplacer les équipements existants, tout en maintenant la compatibilité.
Enex s’est principalement développé par acquisitions. Prévoyez-vous de poursuivre dans cette voie, et à quoi ressemblera votre stratégie de croissance au cours des cinq prochaines années ?
Nous consolidons les entreprises que nous détenons déjà. Toutes nos entreprises italiennes fusionneront cette année. Les entreprises espagnoles fusionneront l’année prochaine. D’ici quelques années, nous disposerons d’une entité unifiée dans chaque pays.
Dans le même temps, nous avons un portefeuille d’acquisitions en préparation. Enex réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de €200 millions. L’objectif est d’atteindre deux à trois fois cette taille dans les cinq prochaines années, grâce à la croissance organique et à de nouvelles acquisitions.
Merci, François, d’avoir partagé votre analyse avec nous !
Note de la rédaction
L’entretien a eu lieu le premier jour de MCE 2026. Le deuxième jour, Enex Technologies a reçu deux prix lors des MCE Excellence Awards : le Mega Ammonia Chiller a été récompensé dans la catégorie des fluides frigorigènes naturels, tandis que l’Industrial V-Shape Dry Cooler, la même unité évoquée par François Audo lors de notre entretien, a reçu un prix pour son efficacité dans les applications industrielles.
Refindustry félicite l’équipe d’Enex pour ces deux distinctions.








